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Du cerveau au corps : le nouveau paradigme de la psychothérapie

  • Photo du rédacteur: Dr Saverio Tomasella
    Dr Saverio Tomasella
  • 30 avr.
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 3 jours

Les sensations corporelles sont la clé de nos transformations, car le corps sait avant l'esprit. 

Cela fait plus de trente ans que j'affirme inlassablement cette vérité. Je suis donc très heureux que la psychologie contemporaine accorde une place centrale au corps.


Durant des décennies, la psychologie et la psychothérapie se sont principalement intéressées à l’esprit : pensées, discours, mémoire, raisonnement. On croyait qu’il suffisait de comprendre et de « penser autrement » pour traiter les maux psychiques. De plus en plus de chercheurs et de thérapeutes montrent désormais que le corps, le système nerveux et nos sensations jouent un rôle essentiel dans le bien-être et la santé mentale.


Un ancien modèle : tout par le cerveau

Très longtemps, la clinique s’est focalisée sur le modèle descendant « top-down » : du cerveau vers le corps. Les solutions proposées étaient la parole (thérapie verbale), l’analyse cognitive, la rééducation des comportements ou encore les médicaments. Cette approche a permis des avancées, mais elle a ses limites, notamment face au stress chronique, à l’anxiété, à la déprime profonde et aux traumatismes, surtout s’ils sont relationnels : le corps garde la trace des expériences bien au-delà de ce que le cerveau peut expliquer ou réguler.


Un retour au corps 

Depuis quelques années, un nouveau paradigme émerge enfin : celui de l’écoute du corps, ou modèle ascendant « bottom-up ». Ici, ce n’est plus la pensée qui soigne, mais la capacité à se reconnecter à son corps à partir de ses sensations, son souffle, son rythme intérieur. Cette approche, plus globale et davantage incarnée, considère que l’esprit et le corps sont indissociables : pour guérir, il est nécessaire de prendre soin de son corps, de son système nerveux et de ses ressentis.


Les pionniers de l’approche psychocorporelle

Eugene Gendlin et le Focusing

Philosophe et psychothérapeute, Eugene Gendlin a montré que le changement profond vient quand on prête attention à ce que l’on ressent dans le corps, à la « sensation sentie » (ou felt sense). Ce dialogue intérieur permet souvent de transformer une tension confuse en compréhension claire, et d’ouvrir la voie à la transformation.

Stephen Porges et la théorie polyvagale

Ce neuroscientifique a révélé l’importance du nerf vague et du système nerveux autonome (SNA) dans la régulation du stress, des émotions et de nombreuses maladies dites « chroniques » ou psychosomatiques. Selon Stephen Porges, notre capacité à nous sentir suffisamment sûrs (c'est-à-dire de bénéficier d'un contexte fiable), nous permettant de nous ouvrir aux autres, dépend avant tout de la façon dont notre corps perçoit l’environnement (sûreté ou danger). Si le corps est en alerte, la raison seule ne suffit pas à calmer l’angoisse.

Peter Levine et l’expérience somatique

Pour Peter Levine, le traumatisme n’est pas seulement dans l’esprit, il est inscrit dans le corps. Sa méthode aide chacun à « décharger » les énergies de peur, de honte, de colère ou de stress restées bloquées dans le corps, en portant attention aux sensations physiques, plutôt que de revivre sans fin les souvenirs douloureux.

Maria Kosma et l’approche multidimensionnelle du corps

Maria Kosma propose de considérer le schéma corporel comme une plateforme centrale pour la santé mentale. Selon elle, l’équilibre entre corps, cerveau et environnement passe par l’intégration du mouvement, de la respiration et de la conscience corporelle dans la thérapie. Bouger, respirer, être attentif à ses sensations, libérer les fascias, pratiquer la marche à pied, le Pilates, le yoga, le tai chi chuan ou le qi gong sont autant d’outils pour réguler efficacement le système nerveux et retrouver une stabilité émotionnelle.


En quoi ce changement est-il si important  ?

De nombreux troubles (anxiété, déprime, stress, troubles psychosomatiques, traumatismes) ne peuvent être compris ni soulagés uniquement par la réflexion ou la parole. Le corps, par ses tensions, ses douleurs ou ses blocages, exprime ce que les mots n’arrivent pas à dire. Prendre en compte le corps ouvre un chemin de guérison plus complet, plus efficace, plus respectueux de l’humain dans sa globalité.

Cette approche est particulièrement indiquée pour les personnes hautement sensibles, car elle leur permet de mieux repérer la surstimulation et sortir de la saturation.


Comment cela se traduit en thérapie ?

Le thérapeute propose des pratiques qui associent mouvement, respiration et attention (méthode Vittoz, libération des fascias, yoga, tai chi, qi gong, marche consciente, expérience somatique, approches corporelles…)

Il invite à l'exploration des sensations physiques en séance : « Que ressentez-vous dans votre ventre, vos épaules, votre poitrine ? »

Il favorise l’écoute des réactions du système nerveux : accélération du cœur, respiration coupée, envie de fuir ou de lutter, figement, sidération, dissociation…

Il valorise l’engagement social et les liens humains, qui régulent naturellement le système nerveux, favorisant la confiance, la curiosité, la créativité, etc.


L’humain, un tout indivisible

Ce nouveau paradigme de la psychothérapie invite à ne plus opposer le corps et l’esprit, mais à les réconcilier. Nous ne sommes ni une tête pensante ni un corps mécanique, notre équilibre dépend de l’harmonie entre le corps, le cœur et l’esprit – entre nos sensations, nos émotions, nos pensées – et de notre capacité à écouter ce que notre corps cherche à nous faire comprendre. En s’inspirant des travaux de Gendlin, Porges, Levine, Kosma et d'autres, la psychologie moderne ouvre un chemin vers la guérison globale, l'harmonie authentique et l'épanouissement durable.


Témoignage d’une psychologue canadienne (Jan Winhall)

« Dernièrement, j'ai remarqué quelque chose pendant les séances. Avant de prendre la parole, quelque chose s'est déjà passé dans le corps : un changement de respiration, un resserrement, une raideur ; parfois, une sorte d'absence, où la personne est là, mais pas complètement. Cela peut être très subtil, et souvent, on passe à côté de ces signaux.

Nous avons tendance à avancer trop rapidement vers le s mots, vers la rationalité, pour essayer de comprendre, d'expliquer ou de donner un sens à ce qui se passe.

Pourtant, quand on reste avec ce qui est là, même un instant de plus, quelque chose d'autre se passe.

Dans ce travail, j'en suis venue à comprendre ces moments comme une façon pour le système nerveux de s'organiser autour de quelque chose qui s’était bloqué en nous : dissociation, douleur, tension ou même une façon de s'adapter dans les relations... Nous continuons à explorer comment ces réponses vivent dans le corps, comment elles commencent à changer lorsqu'elles sont accueillies par l'attention plutôt que par l'urgence ou par la volonté de contrôle. »


Si vous êtes intéressés par cette nouvelle façon de travailler, voici une formation qui vous permettra de la mettre en pratique dans vos séances de thérapie, au travail, avec vos élèves, vos enfants...


 Pour aller plus loin

© Saverio Tomasella, 30 avril 2026.

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