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Traduire la théorie polyvagale en français

Le texte qui suit est la version étendue d'un article bilingue de méthode. DOI: 10.13140/RG.2.2.11625.97122

La théorie polyvagale s’appuie sur des indicateurs physiologiques tels que la variabilité de la fréquence cardiaque (VFC) et l’arythmie sinusale respiratoire (ASR), qui reflètent le tonus vagal ventral (Porges 1995). Ces mesures permettent d’évaluer la flexibilité autonome et la capacité de régulation du système nerveux autonome (SNA).

Le glossaire français que nous proposons contribue à clarifier les concepts clés et à soutenir une utilisation rigoureuse de la théorie dans le contexte francophone.

Glossaire polyvagal

Ce lexique francophone présente les principaux concepts de la théorie polyvagale en proposant des équivalents français précis et cohérents. Les définitions s’appuient exclusivement sur les travaux de Stephen W. Porges et respectent les conventions terminologiques utilisées dans la littérature scientifique internationale.

La justification linguistique de ces traductions se trouvent plus bas, après le glossaire.

Sûreté physiologique (Safety)

État neurophysiologique dans lequel l’organisme détecte l’absence de menace et peut engager des comportements sociaux souples, fiables et créatifs. La sûreté (ou fiabilité) physiologique constitue la condition préalable à la régulation autonome optimale. (Porges 2004 ; Porges 2011.)

Sauf (sauve), sûr·e ou en sûreté (Safe)

État autonome caractérisé par la disponibilité relationnelle, la stabilité interne et la régulation vagale ventrale. (Porges 2017.)

Neuroception

Processus neurophysiologique inconscient par lequel le système nerveux autonome évalue la sûreté, l’ambiguïté ou la menace dans l’environnement, le corps et les interactions sociales. (Porges 2004 ; Porges 2011.)

 

Système vagal ventral

Branche myélinisée du nerf vague, propre aux mammifères, soutenant l’engagement social, la régulation cardiaque et la corégulation. (Porges 2007 ; Porges 2011.)

Système vagal dorsal

Branche non myélinisée du nerf vague, phylogénétiquement plus ancienne, impliquée dans les réponses d’immobilisation, de figement ou d’effondrement. (Porges 2007 ; Porges 2011.)

Mobilisation (activation sympathique)

Activation du système nerveux sympathique orientée vers l’action (fuite, rejet, lutte, agitation), modulée par la neuroception. (Porges 2011.)

Immobilisation

Réponse autonome caractérisée par le figement, la sidération ou la dissociation, médiée par le système vagal dorsal. (Porges 2011.)

Corégulation

Processus par lequel deux systèmes nerveux autonomes se stabilisent mutuellement à travers des signaux relationnels de fiabilité (prosodie, regard, posture, expressivité faciale). (Porges 2011 ; Porges 2017.)

 

Système d’engagement social

Ensemble des structures neurophysiologiques intégrant les muscles du visage, la prosodie, l’oreille moyenne et la régulation cardiaque, permettant la connexion sociale en confiance. (Porges 2007 ; Porges 2011.)

Variabilité de la fréquence cardiaque (VFC)

Indicateur de la flexibilité autonome et du tonus vagal, reflétant la capacité de l’organisme à s’adapter aux demandes internes et externes. (Porges 1995.)

Arythmie sinusale respiratoire (ASR)

Variation du rythme cardiaque liée à la respiration, utilisée comme mesure non invasive du tonus vagal ventral. (Porges 1995 ; Porges 2011.)

Hiérarchie polyvagale

Organisation phylogénétique des réponses autonomes : engagement social (vagal ventral), mobilisation (sympathique), immobilisation (vagal dorsal). (Porges 2007 ; Porges 2011.)

Fenêtre de tolérance

Zone de régulation dans laquelle l’organisme peut traiter les stimuli sans désorganisation autonome. (Siegel 1999 ; Porges 2011.)

Défenses autonomes

Réponses réflexes du système nerveux autonome face à une neuroception de menace, incluant mobilisation et immobilisation. (Porges 2004 ; Porges 2011.)

Exercices neuraux

Pratiques visant à renforcer la régulation vagale ventrale, incluant la prosodie, la respiration, le mouvement et la présence à autrui. (Porges 2017).

Intérêt de la théorie polyvagale

L’intégration de la théorie polyvagale dans les sciences humaines et cliniques ouvre des perspectives nouvelles. Elle permet de dépasser les modèles centrés sur la volonté, la cognition ou la motivation individuelle, en replaçant la régulation autonome au cœur des comportements humains.

Cette approche éclaire notamment :

  • les difficultés relationnelles comme des phénomènes de neuroception altérée ;

  • les troubles psychologiques comme des perturbations de la régulation autonome ;

  • l’importance des environnements relationnels fiables pour la santé mentale ;

  • le rôle central de la corégulation dans le développement et la thérapie.

Note clinique importante

Le principal objectif d’une thérapie est d’aider les personnes à guérir des symptômes chroniques en travaillant sur la capacité naturelle du corps à rétablir l’équilibre. Au lieu d’essayer de réparer ou de lutter contre le corps, nous les invitons à observer et écouter leurs symptômes. Souvent ils sont la façon dont le corps nous montre des sentiments ou des expériences dont nous ne sommes pas encore conscients. Utiliser des pratiques simples de mise en conscience et des méthodes corporelles douces crée la fiabilité ou sentiment de sûreté dont le corps a besoin pour laisser aller ce qui est resté bloqué. Ce processus aide à libérer de l’énergie retenue, réduit les symptômes et soutient une vitalité authentique afin que la guérison puisse se dérouler naturellement.

Comme l'affirme si justement Sam Miler, professeure britannique de méditation : « Le nerf vague ne peut pas être contrôlé ni entraîné par des techniques exigeantes comme la respiration ou l’exposition au froid. La régulation se produit naturellement lorsque le système nerveux perçoit une véritable fiabilité, et non lorsqu’elle est forcée. Les tentatives de contrôle physiologique signalent souvent un danger et maintiennent le système activé. La guérison et la régulation viennent par le fait de laisser faire, non pas par l’effort. »

En répondant aux sensations et émotions sans résistance, le corps reçoit des signaux de sûreté, les réponses à la menace se stabilisent, et le système nerveux se régule de lui-même.

Conclusion

La théorie polyvagale offre un cadre puissant pour comprendre la manière dont les états autonomes façonnent les comportements sociaux, les émotions et les capacités relationnelles. En mettant l’accent sur la sûreté physiologique et la fiabilité relationnelle, elle propose une vision incarnée de la santé psychique et affective.

Ce glossaire permet de renforcer la précision conceptuelle et de soutenir la diffusion de cette approche dans la recherche et la pratique clinique francophones.

Bibliographie

Ouvrages

Porges, Stephen W. The Polyvagal Theory: Neurophysiological Foundations of Emotions, Attachment, Communication, and Self-Regulation. New York: W. W. Norton, 2011.

Porges, Stephen W. The Pocket Guide to the Polyvagal Theory: The Transformative Power of Feeling Safe. New York: W. W. Norton, 2017.

Articles

Porges, Stephen W. “Cardiac Vagal Tone: A Physiological Index of Stress.” Neuroscience & Biobehavioral Reviews 19, no. 2 (1995): 225–233.

Porges, Stephen W. “Neuroception: A Subconscious System for Detecting Threats and Safety.” Zero to Three 24, no. 5 (2004): 19–24.

Porges, Stephen W. “The Polyvagal Perspective.” Biological Psychology 74, no. 2 (2007): 116–143.

Référence complémentaire

Siegel, Daniel J. The Developing Mind: How Relationships and the Brain Interact to Shape Who We Are. New York: Guilford Press, 1999.

Comment traduire "safety" et "safe" dans le cadre polyvagal ?

Safety

En anglais, "safety" chez Stephen Porges (puis Deb Dana) renvoie à un état interne, pas à une condition externe. En français, "sécurité" évoque la protection contre un danger extérieur, mais aussi un cadre institutionnel, une norme ou un protocole, voire une idéologie politique.

Ce n’est pas ce que Stephen Porges et Deb Dana veulent dire.

Voici donc les traductions pertinentes selon le contexte :

  • Sûreté, comme absence de menace.

  • Fiabilité, met l’accent sur la prévisibilité relationnelle.

  • Stabilité, insiste sur la régulation interne et sur le bien-être qu'elle produit.

  • Sentiment de sûretéprobablement le plus fidèle à l’idée polyvagale.

  • État de sûreté, très proche de l’idée d’un état physiologique harmonieux et équilibré.

Proposition de traduction

Safety = état de sûreté physiologique ou sentiment corporel de sûreté

Ces formulations respectent l’idée que la sûreté est incarnée, précognitive, relationnelle.

Safe

L’adjectif safe décrit un état du système nerveux, pas une propriété objective de l’environnement.

Traductions possibles :

  • Sauf ou sûr, est simple, direct, plus court, mais parfois trop cognitif.

  • Fiable, très utile pour les relations (une personne “fiable” active le nerf vague ventral).

  • Stable, intéressant pour décrire un état interne régulé et le calme qui en découle.

  • En sûreté,  plus incarné, plus proche de l’expérience, en accord avec la théorie polyvagale.

Proposition de traduction

Safe = régulé, en sûreté, disponible (à la connexion), à l'aise, en confiance.

En quoi ces choix sont cohérents avec la théorie polyvagale ?

Stephen Porges insiste sur trois points :

  1. La sûreté est détectée par le corps, et pas décidée par la pensée.

  2. La sûreté est relationnelle : elle émerge par la corégulation, dans une relation fiable.

  3. La sûreté est le prérequis de l’engagement social, de la créativité, de la fluidité (flow), du jeu.

Le mot “sécurité” en français manque cette dimension interne, subtile, sensorielle. Le choix de traduire "safe" ou "safety" par les mots "sûr, fiable, stable" ou "sûreté, fiabilité, stabilité" est donc plus précis et plus fidèle.

Les chercheurs rigoureux et les cliniciens attentions distinguent la haute sensibilité de l'hypersensibilité. Ils perçoivent combien il est important de parler de sûreté, de fiabilité, voire de stabilité pour bien traduire et comprendre la théorie polyvagale, puis pour la mettre en pratique de façon bénéfique en thérapie.

​Dr Saverio Tomasella, 13 janvier 2026.

Thérapies du traumatismes : Pierre Janet, Roger Vittoz et Stephen Porges

Projet de mise en lien des approches thérapeutiques centrées sur le corps, les émotions et la méthode Vittoz, en actualisant cette dernière à la lumière des recherches contemporaines sur le psychotraumatisme.

Le traumatisme chez Pierre Janet : fondements historiques et actualité

Pierre Janet (1859-1947) est considéré comme l’un des pionniers de la compréhension des traumatismes psychiques. Ses travaux sur la dissociation, la mémoire traumatique et l’intégration des expériences émotionnelles restent fondateurs.

  • La dissociation comme un mécanisme de défense face à des expériences insupportables, conduit à une fragmentation de la conscience et de la mémoire (cf. Sándor Ferenczi).

  • L’échec d’intégration des souvenirs traumatiques, qui restent « fixés » et peuvent resurgir sous forme de symptômes (reviviscences, retours mémoriels, etc.).

  • L’importance du corps dans l’expression et le traitement des traumatismes, notamment à travers les symptômes somatiques et les émotions non intégrées.

Ono van der Hart et Ellert Nijenhuis ont actualisé les concepts de Janet dans leur modèle de la dissociation structurelle, qui distingue dissociation primaire (liée à l’action) et secondaire (liée à la mentalisation). Ce modèle est largement utilisé dans les thérapies contemporaines des traumatismes complexes.

Bessel van der Kolk cite Janet comme une référence majeure pour comprendre la persistance des symptômes traumatiques et l’importance d’une approche somatopsychique. Il souligne que Janet avait déjà pressenti l’importance de la réintégration des souvenirs traumatiques par le corps et les émotions, bien avant les neurosciences modernes.

La méthode Vittoz et les « clichés » : une approche somatopsychique

Roger Vittoz (1863-1925), contemporain de Pierre Janet, a développé une méthode centrée sur la rééducation de l’attention et la présence au corps, avec une attention particulière aux « clichés » (images mentales ou sensations corporelles liées à des traumatismes, souvent au cours de schémas répétitifs). Ses apports incluent :

  • L’accueil des sensations corporelles comme porte d’entrée pour réguler les émotions et les pensées.

  • La réactivation émotionnelle, un exercice qui vise à revisiter les souvenirs ou sensations traumatiques en s’appuyant sur les ressources du patient, notamment à travers le signe de l’infini (mouvement corporel pour ancrer la conscience dans le présent).

  • La notion de conscience corporelle comme outil de régulation, proche des concepts actuels de grounding et de somatic experiencing.

 

Articulation entre Janet, la théorie polyvagale et la méthode Vittoz

Dissociation et neuroception perturbée

Janet décrivait la dissociation comme une rupture de l’intégration entre les expériences corporelles, émotionnelles et cognitives. La théorie polyvagale (Porges) offre un cadre neurophysiologique pour comprendre cette rupture :

  • Un traumatisme perturbe la neuroception (capacité du système nerveux à évaluer la fiabilité ou sûreté de l’environnement), conduisant à des réponses de défense (activation sympathique ou effondrement dorsal vagal).

  • Les « clichés » de Vittoz peuvent être interprétés comme des mémoires procédurales (Janet) ou des états neuroceptifs biaisés (Porges), qui maintiennent le système nerveux en alerte.

 

Réintégration par le corps et les émotions

Janet insistait sur la nécessité de réintégrer les expériences dissociées via le corps et les émotions. La méthode Vittoz, avec ses exercices de présence attentive et de réactivation émotionnelle, propose une voie concrète pour y parvenir.

  • Le signe de l’infini peut être vu comme un outil de régulation du système nerveux, favorisant le passage d’un état de défense à un état de connexion sociale (ventral vagal).

  • La réactivation émotionnelle permet de revisiter les clichés en état de fiabilité ou sûreté relative, en s’appuyant sur les ressources du patient (ancrage, respiration, mouvement), ce qui rejoint les principes du somatic experiencing (Levine) et de la thérapie sensorimotrice (Ogden).

 

Rôle de la corégulation

Janet et Vittoz soulignaient l’importance de la relation thérapeutique comme espace de fiabilité (lieu sûr) pour explorer les traumatismes. La théorie polyvagale ajoute que cette relation doit être neuroceptivement rassurante (ton de voix, contact visuel, rythme) pour activer le système ventral vagal et permettre une réintégration progressive.

Références

Levine, P. A. (2015). In an Unspoken Voice: How the Body Releases Trauma and Restores Goodness. North Atlantic Books.

Ogden, P., & Fisher, J. (2015). Sensorimotor Psychotherapy: Interventions for Trauma and Attachment. Norton.

Porges, S. W. (2017). The Pocket Guide to the Polyvagal Theory: The Transformative Power of Feeling Safe. Norton.

Van der Hart, O., Nijenhuis, E. R. S., & Steele, K. (2006). The Haunted Self: Structural Dissociation and the Treatment of Chronic Traumatization. Norton.

Van der Kolk, B. (2014). The Body Keeps the Score: Brain, Mind, and Body in the Healing of Trauma. Viking.

Vittoz, R. (2008). Traitement des psychonévroses par la rééducation du contrôle cérébral, Desclée de Brouwer. (Première édition : J.B Baillère, 1911.)

Vittoz R. (2024). Notes et pensées. Angoisse ou contrôle, Pierre Téqui. (Choix de textes par Pierre d'Espiney.)

Ouvrages sur la méthode Vittoz

 

Œuvres originales de Pierre Janet

L’Automatisme psychologique (1889)

C’est l’ouvrage fondateur de Janet sur la dissociation et les états de conscience altérés. Il y décrit comment les traumatismes peuvent fragmenter la personnalité, créant des « idées fixes » ou des « actions automatiques » (proches des « clichés » de Vittoz). Janet y introduit aussi la notion de subconscient comme réservoir d’expériences non intégrées, une idée reprise plus tard par la psychanalyse et les thérapies somatiques.

Lien avec la méthode Vittoz : les exercices de présence attentive visent à "désautomatiser" ces schémas.

Janet, P. (1889). L’Automatisme psychologique. Félix Alcan. [Réédité en 2005 par L’Harmattan.]

Les Névroses et idées fixes (1898)

Janet y développe sa théorie des traumatismes psychologiques et des névroses, en insistant sur l’échec d’intégration des souvenirs douloureux. Il propose une classification des névroses (hystérie, psychasthénie) fondée sur le degré de dissociation et de perte de contrôle volontaire. Ce livre est crucial pour saisir comment Janet concevait la guérison : non pas comme une suppression des symptômes, mais comme une réintégration progressive des expériences dissociées.

Distinction entre mémoire narrative (intégrée) et mémoire traumatique (fragmentée), reprise par Van der Kolk.

Il est possible d’adapter la réactivation émotionnelle (Vittoz) pour favoriser la réintégration sensorielle et émotionnelle des souvenirs.

Janet, P. (1898). Les Névroses et idées fixes. Flammarion. [Réédité en 1999 par L'Harmattan.]

La Médecine psychologique (1923)

Janet y synthétise ses idées sur le traitement des traumatismes, en insistant sur la rééducation psychologique (par l’hypnose, la suggestion, et surtout la "psychanalyse" au sens janétien, c’est-à-dire une exploration des émotions et des souvenirs). Il y décrit aussi des techniques de réintégration par le corps (respiration, relaxation), préfigurant les approches somatiques modernes.

Janet y souligne l’importance de l’action (pas seulement de la parole) pour guérir, ce qui résonne avec les exercices de Vittoz (mouvement, signe de l’infini, etc.).

Idée de progression lente : la guérison passe par des étapes de stabilisation avant l’exploration des souvenirs.

Janet, P. (1923). La Médecine psychologique. Payot. [Réédité en 2019 par Les Empêcheurs de Penser en Rond.]

De l'Angoisse à l'extase (1926)

Pierre Janet y présente une étude approfondie de la psychologie de la conduite humaine, à travers l’observation clinique d’une patiente emblématique, Madeleine (pseudonyme de Pauline Lair Lamotte), qu’il a suivie pendant vingt-deux ans. Ce livre explore les mécanismes psychologiques reliant l’angoisse et l’extase, en s’appuyant sur des cas concrets de névroses et de mysticisme.

Janet propose une vue globale du trouble mental, intégrant à la fois les dimensions corporelles, émotionnelles et cognitives, bien en avance sur les conceptions de son époque.

Ce livre reste une référence pour comprendre les liens entre trauma, dissociation et croyances, ainsi que pour les approches thérapeutiques centrées sur la rééducation du contrôle cérébral (thème cher à Janet et à Vittoz).

Janet, P., De l’angoisse à l’extase, Félix Alcan, 1926, L’Harmattan, 2004.

L’Évolution de la mémoire et la notion du temps (1928)

Janet explore ici comment la mémoire traumatique altère la perception du temps (impression de revivre le passé dans le présent). Il introduit la notion de présentification (les souvenirs traumatiques ne sont pas passés mais présents), un concept clé pour comprendre les reviviscences.

Lien avec la théorie polyvagale : les états de défense (hyperactivation ou effondrement) maintiennent le trauma dans un temps suspendu.

Piste pour la réactivation émotionnelle (Vittoz) : aider le patient à recontextualiser les clichés traumatiques dans un récit temporel cohérent.

Janet, P. (1928). L’Évolution de la mémoire et la notion du temps. Chahine.

 

Ouvrages contemporains sur Pierre Janet

Dissociation et mémoire traumatique 

Cet ouvrage inclut un chapitre historique complet sur la dissociation, où la contribution de Pierre Janet est replacée dans son contexte et son actualité.

Isabelle Saillot y signe un chapitre intitulé « Petit historique de la dissociation », qui fait autorité sur le sujet.

Saillot, I. (2012). Petit historique de la dissociation (Chap. 1, p. 1-28). Dans Dissociation et mémoire traumatique (M. Kédia, J. Vanderlinden, G. Lopez, et al.), Dunod (réédition en 2019).

The Haunted Self: Structural Dissociation and the Treatment of Chronic Traumatization

Les auteurs reprennent explicitement Janet pour développer leur modèle de dissociation structurelle (primaire, secondaire, tertiaire). Ils montrent comment les traumatismes complexes fragmentent la personnalité et proposent des stratégies thérapeutiques phasées (stabilisation, traitement des souvenirs, intégration).

Van der Hart, O., Nijenhuis, E. R. S., & Steele, K. (2006). The haunted self: Structural dissociation and the treatment of chronic traumatization. W. W. Norton & Company. [Trad. fr. : Le Soi hanté, De Boeck, 2010, réédité en 2024.]

Trauma and the Body: A Sensorimotor Approach to Psychotherapy

Bien que centré sur la thérapie sensorimotrice, cet ouvrage cite Janet comme une influence majeure. Les autrices montrent comment les traumatismes s’inscrivent dans le corps et proposent des techniques de réintégration par le mouvement et la conscience corporelle, proches des exercices de Vittoz.

Articulation possible avec la théorie polyvagale : comment les mouvements lents (comme le signe de l’infini) favorisent la régulation vagale.

Minton, K., Ogden, P. & Pain, C. (2006). Trauma and the Body. Norton. [Trad. fr. : Le Trauma et le Corps, De Boeck, 2018, réédité en 2021.]

Pierre Janet aujourd’hui

Un recueil d’articles sur l’héritage de Janet, avec des contributions sur les liens entre sa pensée et les neurosciences, la psychologie cognitive, et les thérapies contemporaines. Plusieurs chapitres abordent la dissociation traumatique et les applications cliniques.

Réflexion sur l’éthique de la réintégration : comment éviter la retraumatisation ? Vittoz, comme Janet, insistait sur la présence au corps et la réintégration progressive.

Giuseppe Craparo, Francesca Ortu, Onno van der Hart, Pierre Janet : trauma et dissociation, De Boeck, 2021.

© Saverio Tomasella, Observatoire de la sensibilité, 2026.

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