

La sensibilité au cœur de nos transformations
De la fragilité perçue à la ressource thérapeutique
La sensibilité de nos patients n’est pas un obstacle à corriger, mais une voie d’accès à leur expérience. Souvent vécue comme une fragilité, elle est aussi une manière de percevoir et de traiter ce qui est vécu. Cet article réunit les apports scientifiques sur la haute sensibilité et la sensibilité environnementale, ainsi que plusieurs approches cliniques, pour proposer des repères concrets : accueillir la sensibilité du patient et ajuster celle du thérapeute.
Introduction
De nombreux patients se décrivent comme « trop sensibles ». Leurs sensations et leurs émotions leur paraissent trop intenses, durables ou envahissantes. Cette réceptivité devient alors une charge. Pourtant, la sensibilité peut aussi offrir un accès privilégié à leur expérience vécue et à leur réalité intérieure.
Destiné aux praticiens, cet article propose des repères pour comprendre la sensibilité et l’accueillir en séance. Il associe éclairages théoriques, points de vigilance et pistes d’intervention. Il invite aussi chaque thérapeute à observer sa propre sensibilité et à ajuster sa présence aux besoins du patient.
Une problématique clinique
Cette réflexion prend appui sur les tensions qui traversent fréquemment la pratique clinique :
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La sensibilité est perçue comme une faiblesse à corriger. Combien de fois sommes-nous tentés de vouloir la normaliser ou de la minimiser chez nos patients, comme si elle constituait un obstacle plutôt qu’une ressource ?
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Le travail thérapeutique est parfois centré sur les pensées au détriment des sensations et des émotions. Si les schémas cognitifs jouent un rôle central, que risquons-nous de manquer lorsque nous n’écoutons pas ce qui se manifeste dans le corps et dans l’expérience émotionnelle immédiate ?
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La régulation émotionnelle atténue les symptômes sans forcément reconnecter à l’élan vital. Apaiser la souffrance est essentiel, mais comment aider également nos patients à retrouver l’énergie qui les anime, les oriente et les remet en mouvement ?
Le parcours suit trois étapes : définir les dimensions de la sensibilité, explorer la connaissance sensible et les approches mobilisant le corps, les émotions et la relation, puis réunir des repères pour la séance. Ces repères concernent l’accueil de la sensibilité du patient sans la considérer comme une pathologie et l’ajustement de celle du thérapeute, au service de l’alliance thérapeutique et du processus de transformation.
1. La sensibilité : définitions et dimensions
Une définition large et opérationnelle
Étymologiquement, la sensibilité vient du latin sentire, qui signifie « percevoir, ressentir ». En pratique clinique, nous pouvons la définir comme la capacité à percevoir, ressentir, être touché (affecté) et réagir à des stimuli internes (émotions, sensations) et externes (environnement, relations).
Il est important de la distinguer de deux concepts souvent confondus :
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L’hypersensibilité, terme fréquemment pathologisant, qui renvoie à une réactivité excessive, souvent perçue comme invalidante.
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L’émotivité, qui désigne la disposition à être ému, sans jugement de profondeur.
L’émotivité est une réaction émotionnelle alors que la sensibilité correspond au traitement global de l'information.
Les trois dimensions de la sensibilité
La sensibilité se manifeste à travers trois facettes : sensorielle, émotionnelle et cognitive. Les exemples suivants illustrent des manifestations marquées de ces dimensions, sans supposer qu’elles soient toutes accrues chez une même personne. La haute sensibilité, présentée en section 2, constitue un cadre plus spécifique.
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Sensorielle. Une réactivité accrue aux stimuli physiques, comme le bruit, la lumière ou les textures. Exemple : un patient évite les lieux bondés, non par anxiété sociale, mais parce que le bruit l’envahit physiquement, comme s’il était submergé par une vague sonore.
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Émotionnelle. Une intensité des émotions et une empathie accrue. Exemple : une patiente pleure en regardant un film, non par tristesse passagère, mais parce qu’elle ressent une connexion intense avec les personnages.
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Cognitive. Une profondeur de traitement, liée à une capacité à analyser en finesse les situations dans leurs nuances et leurs subtilités. Souvent donnée en illustration, la rumination est un risque de dérive qui apparaît sous stress, pas une caractéristique de la dimension elle-même. Exemple : un patient perçoit, lors d'une réunion, les conséquences d'une décision que personne d'autre n'avait envisagées.
2. La haute sensibilité (Elaine Aron) : un cadre théorique
Elaine Aron a formalisé le concept de haute sensibilité à travers l’acronyme DOES :
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Depth of processing : traitement profond des informations.
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Overstimulation : surcharge sensorielle et émotionnelle.
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Emotional responsiveness : réactivité émotionnelle forte.
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Sensing subtleties : perception des nuances et des subtilités.
La sensibilité est un trait continu : les personnes ne se répartissent pas naturellement en catégories fixes. Dans leur étude, Lionetti et al. (2018) distinguent néanmoins trois groupes statistiques — faible, moyenne et haute sensibilité —, avec environ 30 % dans le groupe de haute sensibilité. Cette estimation diffère du chiffre historique de 15 à 20 % avancé par Aron et Aron (1997).
Enjeux cliniques
On constate des risques d’épuisement, d’anxiété, de dépression (si l’environnement n’est pas favorable), parallèlement à de nombreux atouts : créativité, intuition, capacité à créer des liens profonds. Exemple : un patient hautement sensible peut en arriver à éviter les conflits non par lâcheté, mais parce qu’il est submergé par la souffrance qu’il perçoit chez l’autre.
3. La sensibilité avantageuse
La théorie de la sensibilité différentielle (differential susceptibility) est d'abord un modèle de Jay Belsky, formalisé avec Michael Pluess (Belsky & Pluess, 2009). Il correspond à une sensibilité « pour le meilleur et pour le pire ». En effet, les individus sensibles sont plus affectés par leur environnement, en positif comme en négatif.
La sensibilité avantageuse désigne le fait de bénéficier davantage d’un environnement positif. Elle n’implique pas nécessairement une plus grande vulnérabilité aux environnements négatifs. Ce concept, appelé vantage sensitivity, se distingue donc de la sensibilité différentielle (Pluess & Belsky, 2013). Pluess (2015) réunit les deux concepts sous la notion de « sensibilité environnementale ».
Dans le modèle de la sensibilité différentielle, un environnement défavorable peut accroître les risques d’anxiété et de dépression chez les individus plus sensibles. À l’inverse, un environnement favorable leur est particulièrement bénéfique : par exemple, des élèves plus sensibles ont davantage bénéficié d’un programme scolaire de prévention de la dépression (Pluess & Boniwell, 2015).
Implication clinique
Pour renforcer les bénéfices, il semble essentiel de créer un environnement thérapeutique rassurant (cadre stable, bienveillant et accueillant), ce qui rejoint les propositions de Rogers, Gendlin, Porges et Siegel (voir ci-après).
4. La connaissance sensible : une voie d’accès à l’expérience vécue
Épistémologie : deux formes de connaissance
Nous pouvons comprendre une situation par ce que nous ressentons et par ce que nous en pensons. Ces deux formes de connaissance se complètent. La connaissance sensible passe par le corps et les émotions : elle est directe, immédiate et souvent non verbale. La connaissance rationnelle passe par le langage et la réflexion : elle permet de former des concepts et de prendre du recul, mais peut aussi nous éloigner de l’expérience vécue.
Dans la réalité de nos existences humaines, le sensible et le langage s'enrichissent l'un l'autre, de même que les émotions et les intuitions viennent nourrir la raison. Comme le soulignait Merleau-Ponty dans sa phénoménologie : « le corps est le véhicule de l'être au monde, et avoir un corps c'est pour un vivant se joindre à un milieu défini, se confondre avec certains objets et s'y engager continuellement » (1945, p. 97). Autrement dit, c’est par lui que nous accédons à une compréhension profonde de nous-mêmes, de nos relations et de notre environnement.
En thérapie : un levier puissant
En quoi la sensibilité est-elle un outil thérapeutique précieux ?
L’attention aux sensations peut donner accès à une expérience qui n’est pas encore mise en mots. Cette expérience peut être abordée sous l’angle de mémoires implicites, non verbales, parfois enfouies. Exemple : une patiente ressent sa colère dans le ventre avant de pouvoir en parler.
L’exploration d’une sensation peut aussi faire apparaître un lien avec un conflit interne qui n’était pas encore conscient. Exemple : une douleur physique peut être liée à un deuil en cours ou à un traumatisme. Un bilan préalable avec son médecin est nécessaire pour rechercher une cause organique ; l’absence de cause identifiée ne suffit pas à établir une origine psychologique.
5. La thérapie comme expérience et processus centréé sur la sensibilité
L’Approche centrée sur la personne (Carl Rogers)
Pour Rogers (1957), certaines conditions sont essentielles pour favoriser un changement thérapeutique. Voici celles qui incombent au praticien :
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L’empathie : ressentir le monde du client (terme employé par Rogers) comme s'il était le sien, sans jamais perdre cette qualité de « comme si ».
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La congruence : l’authenticité du thérapeute, qui ne porte pas de masque.
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La considération positive sans condition : accueillir le patient tel qu’il est, sans jugement.
L’attitude empathique du thérapeute active la sensibilité du patient comme outil de guérison. En se sentant compris, le patient ose explorer ses émotions et ses sensations en profondeur.
Le Focusing (Eugene Gendlin)
Le Focusing place l’attention au ressenti corporel au cœur du processus thérapeutique. Il propose d’explorer une sensation encore floue pour lui trouver progressivement des mots ou des images. Gendlin (1981) décrit ce mouvement comme un passage de l’implicite — ce qui est ressenti sans être clairement formulé — à l’explicite, ce qui peut être reconnu et exprimé. Voici les six étapes de ce processus :
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Créer un espace intérieur : inviter le patient à se connecter à lui-même, sans jugement.
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Inviter un ressenti corporel ou « sens ressenti » (felt sense) : laisser émerger une sensation globale, plutôt floue et difficile à décrire.
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Trouver une accroche (handle) : essayer un mot ou une image pour décrire cette sensation, ce sens corporel.
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Résonner avec cette description : explorer ce mot ou cette image, en restant en contact avec le corps.
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Questionner le sens ressenti : qu'est-ce qui, dans tout cela, le rend si… ?
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Recevoir et intégrer : accepter ce qui a été découvert et l’intégrer à son expérience.
Application clinique
Comment guider un patient vers son ressenti corporel sans le forcer ? En utilisant un langage ouvert : « Prenez un moment pour laisser venir un ressenti, comment tout cela se ressent, à l'intérieur… »
6. L’apport de la théorie polyvagale (Stephen Porges)
La théorie polyvagale est présentée ici comme une grille de lecture clinique. Ses fondements neurophysiologiques sont débattus (Grossman, 2023) : les descriptions qui suivent relèvent de ce modèle dans une perspective thérapeutique.
Selon Porges (2011), la théorie polyvagale distingue trois modalités principales du système nerveux autonome (SNA) :
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Le mode vagal ventral : sûreté, confiance, connexion sociale (la modalité favorable pour la thérapie).
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Le mode sympathique : activation et mobilisation pour lutter ou fuir.
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Le mode vagal dorsal : immobilisation, effondrement, sidération, dissociation.
La corégulation désigne ici la manière dont l’état du thérapeute participe à celui du patient. Lorsque le patient perçoit le thérapeute comme fiable, il peut se sentir davantage en sûreté et disponible pour la relation. Selon la théorie polyvagale, ce processus correspond à une activation vagale ventrale favorisant l’engagement social.
En pratique, il est possible d’observer des passages rapides entre engagement relationnel, agitation et retrait. Exemple : après un stimulus sensoriel intense, un patient peut passer de l’engagement à l’agitation en quelques secondes, puis se retirer si la saturation s’installe. Le modèle interprète ces changements en termes de modes vagal ventral, sympathique et vagal dorsal.
Applications cliniques
Les manifestations suivantes sont associées à différents modes du SNA dans la grille polyvagale.
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Vagal ventral : contact visuel, voix calme et modulée.
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Sympathique : agitation, voix aiguë essoufflée.
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Vagal dorsal : regard vide, voix monocorde.
Outils de régulation
Dans cette perspective, une respiration lente par le nez ou un mouvement doux sont proposés pour accompagner l’agitation associée au mode sympathique. Tenir un objet ou sentir une texture sont proposés pour accompagner le retrait associé au mode vagal dorsal. Ces invitations sont adaptées à la personne : l’attention aux sensations internes peut parfois accroître l’anxiété, comme le précise la section On peut alors commencer par regarder autour de soi ou toucher un objet ; sentir ensuite les pieds sur le sol et le poids du corps sur le support reste une possibilité complémentaire.
7. La présence attentive de la méthode Vittoz
La méthode Vittoz est une approche psychocorporelle développée par le médecin suisse Roger Vittoz (1863-1925), qui exerçait à Lausanne. Elle vise à renforcer la réceptivité et la présence à soi à travers la redécouverte des cinq sens, l’accueil des sensations et la conscience des actes instant après instant. Cette méthode se pratique grâce à des exercices simples, intégrés au quotidien, qui visent une meilleure qualité relationnelle et un plus grand plaisir de vivre, en cultivant l’ancrage, l’ouverture à soi et aux autres.
Retour à soi par le corps
Telle que Vittoz (1911/2008) la décrit, la méthode repose sur l’expérience vécue. C'est pourquoi elle a ensuite été rapprochée de la phénoménologie. Elle met l’accent sur le corps comme façon d’être-au-monde selon Merleau-Ponty (voir section 4), valorisant l’attention portée aux sensations, émotions et pensées de l’instant sans se laisser submerger par elles.
La réceptivité est le concept central de Vittoz : recevoir une sensation telle qu'elle se présente, sans la recouvrir immédiatement par la pensée. La personne sensible capte beaucoup, mais souvent sur le mode de l'envahissement. La réceptivité lui permet de recevoir une sensation à la fois, de façon délimitée et consentie : elle passe ainsi de la saturation à la présence.
Le praticien peut proposer au patient un acte conscient, comme sentir le contact des pieds avec le sol pendant quelques pas, recevoir un seul son en laissant les autres à l'arrière-plan, écouter sa respiration telle qu’elle est.
Par précaution, pour certaines personnes très sensibles ou traumatisées, l'attention portée à la respiration ou aux sensations internes peut majorer l'anxiété au lieu de l'apaiser. Commencer par les sens tournés vers l'extérieur (vue, ouïe, toucher d'un objet) est alors plus sûr (Treleaven, 2018).
Exemple : une patiente qui se sent débordée en fin de journée retrouve de l’apaisement en séance grâce à un exercice guidé. Elle reçoit successivement trois sensations simples, par la vue, l’ouïe et le toucher. La théorie polyvagale peut interpréter ce passage de l’agitation à une présence plus disponible comme un retour vers le mode vagal ventral. Cette présence retrouvée peut soutenir son élan vital.
Convergences avec les recherches sur la pleine conscience
La méthode Vittoz présente des points communs avec la pleine conscience et l’attention aux sensations internes du corps, appelée attention intéroceptive. Ces rapprochements ne démontrent pas que les effets étudiés pour ces pratiques s’appliquent à la méthode Vittoz. Les recherches citées portent sur les effets positifs de la pleine conscience sur le stress et l’anxiété (Khoury et al., 2015), ainsi que sur le rôle de la conscience des sensations internes dans la régulation émotionnelle (Farb et al., 2015).
8. Une sensibilité reliée aux autres : l’IPNB (Daniel Siegel)
Le cerveau est social
La neurobiologie interpersonnelle de Daniel Siegel (2020) propose que le cerveau se développe et guérit dans la relation. Appelée Interpersonal Neurobiology en anglais, et abrégée IPNB, cette approche place l’intégration au centre de son modèle. Il s’agit de relier les différentes dimensions de notre expérience — le corps, les émotions et les pensées —, mais aussi de développer les liens entre soi et autrui.
En thérapie
Il est essentiel de créer une alliance favorable : fiable, rassurante, et sensible aux signaux non verbaux, puis d’identifier les schémas relationnels. Exemple : la peur de l’abandon peut entraîner une hypervigilance aux signaux relationnels.
9. Accueillir la sensibilité en séance
La posture du thérapeute
Il nous semble important d’adopter certaines attitudes pour favoriser l’alliance thérapeutique, dans la continuité des conditions rogériennes et du Focusing (voir section 5). Parmi elles, nous pouvons citer :
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L’accueil : « Je vois que cela vous touche profondément. »
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La curiosité : « Comment est-ce, dans votre corps ? »
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La légitimation : « Ce que vous ressentez a du sens, compte tenu de ce que vous traversez. »
Techniques concrètes
De ces attitudes favorables découlent des invitations qu’il est possible de proposer au fil des séances.
L’ancrage corporel : « Pouvez-vous sentir le contact de vos pieds avec le sol ? » (voir sections 6 et 7).
La régulation du rythme de la séance : « Prenons une pause si c’est trop intense. »
Le recours aux métaphores : « Votre sensibilité est comme une antenne : elle capte beaucoup, mais on peut apprendre à ajuster la fréquence. »
La flexibilité sensible du thérapeute
Comment notre propre sensibilité influence-t-elle notre pratique ? Pour l’observer finement, nous pouvons revenir sur nos consultations et noter une situation où elle nous a aidés, ou au contraire gênés, en séance. Cette observation, renouvelée consultation après consultation, permet de mieux comprendre notre manière de travailler.
Ce que le thérapeute ressent en séance peut constituer une piste pour comprendre ce qui se joue, sans se confondre avec l’expérience du patient. Il observe et régule sa propre sensibilité ; son calme peut contribuer à celui du patient. La notion de corégulation, présentée en section 6, offre une lecture de cette interaction dans le cadre de la théorie polyvagale.
Nous avons aussi besoin de trouver un équilibre pour limiter les risques d’épuisement si nous faisons preuve d’une empathie sans limites. Ce risque d’épuisement est décrit sous le nom de « fatigue de compassion » (Figley, 1995). Pour Rogers, le « comme si » de l'empathie protège précisément de la confusion entre nos émotions et celles du patient.
Enfin, nous devons prendre soin de nous, grâce à une supervision régulière, une thérapie personnelle, la pratique de la méditation, d’une activité sportive ou créative.
Conclusion
Au terme de ce parcours, trois repères peuvent orienter notre pratique clinique :
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La sensibilité est une fonction adaptative et non une pathologie. Elle renseigne sur la manière dont la personne perçoit, traite et organise son expérience.
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Elle peut devenir un levier de transformation lorsqu’elle est accueillie. L’attention portée au corps, aux émotions et à la relation aide le patient à reconnaître ce qui se vit sans en être submergé.
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La sensibilité du thérapeute participe elle aussi au processus. Lorsqu’elle est observée, régulée et soutenue par un cadre de supervision, elle peut affiner l’écoute sans brouiller la distinction entre l’expérience du patient et celle du praticien.
Accueillir la sensibilité ne consiste ni à la réduire ni à l’idéaliser : l’objectif n’est pas de ressentir moins, mais de vivre ce qui est présent avec davantage de liberté. Pour le patient, cela signifie reconnaître ce qu’elle signale, en réguler l’intensité et utiliser les informations qu’elle apporte. Le retour au corps, l’attention aux émotions et la qualité de la relation thérapeutique peuvent progressivement transformer une expérience envahissante en capacité à discerner, s’orienter et créer des liens. Pour le thérapeute, cette démarche suppose de rester attentif à ce qui résonne en lui tout en maintenant un cadre suffisamment sûr. La sensibilité peut alors soutenir le changement et contribuer à retrouver l’élan vital.
Références
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Vittoz, R. (2008). Traitement des psychonévroses par la rééducation du contrôle cérébral. Desclée De Brouwer. (Ouvrage original publié en 1911)
Version adaptée d’un document remis aux participants du séminaire
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