Dissociation, disfraction et méthode Vittoz
« La conscience d'un acte, ce n'est pas le penser, c'est le sentir. » Roger Vittoz (1911)
Voici un aperçu de la dissociation traumatique, à travers les regards de Pierre Janet, Sándor Ferenczi, et la notion plus contemporaine de disfraction.
On pourra se demander comment la méthode Vittoz, grâce à son ancrage corporel et sensoriel, peut aider concrètement les patient(e)s à sortir de ces états de coupure, de sidération ou de fragmentation.
1. La dissociation vue par Pierre Janet
Pour Pierre Janet, la dissociation est un échec d’intégration.
Quand une expérience est trop intense ou quand l’énergie psychologique est trop faible, la conscience n’arrive plus à maintenir ensemble les différentes fonctions psychiques : la mémoire, la perception, l’identité, la motricité…
Le résultat est une fragmentation.
La personne fonctionne sur plusieurs « rails parallèles », qui peuvent se manifester par des automatismes, des comportements involontaires, des amnésies ou des symptômes corporels, des douleurs ou des paralysies inexpliquées.
Pour Janet, la dissociation survient soit après un choc, un effroi brutal, soit après des traumatismes prolongés, par exemple liés à la négligence, la maltraitance ou l’abus.
Son objectif thérapeutique est déjà très moderne : stabiliser, explorer progressivement, puis réintégrer les éléments dissociés, notamment grâce à un retour à la conscience du corps.
Précautions cliniques
Pierre Janet insiste sur la lenteur du processus : une réintégration trop rapide peut retraumatiser. Il critique les méthodes qui visent une abréaction brutale (comme certaines formes d’hypnose de son époque), car elles risquent de fragmenter davantage la personnalité. Il souligne l’importance de la relation thérapeutique : le thérapeute incarne une présence stable et contenante (voir Balint, Bion, Winnicott).
La dissociation structurelle (inspirée de Janet)
Ono van der Hart et Ellert Nijenhuis (2004) ont actualisé les idées de Pierre Janet en proposant un modèle en trois niveaux.
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Dissociation primaire : Séparation entre la personnalité « apparente » (qui gère la vie quotidienne) et la personnalité « émotionnelle » (qui porte les souvenirs traumatiques).
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Dissociation secondaire : Fragmentation plus poussée, avec plusieurs sous-personnalités (trouble dissociatif de l’identité).
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Dissociation tertiaire : Forme extrême, souvent liée à des traumatismes précoces et prolongés.
2. La dissociation selon Sándor Ferenczi
Avec Ferenczi, nous changeons légèrement de perspective : la dissociation devient avant tout un clivage relationnel.
Le sujet se divise en un moi souffrant et un moi observateur, souvent dès l’enfance, lorsque l’environnement échoue à reconnaître ses besoins ou répond de façon inadéquate, par exemple par de la violence, du rejet ou une sexualisation précoce.
Ferenczi parle de « confusion de langue » : l’enfant cherche de l’affection, de l’amour et reçoit autre chose, en décalage avec son besoin réel : de l’incompréhension ou du mépris, parfois un abus, un rejet, un viol. Pour survivre, il se clive, il se coupe d’une partie de lui-même.
Cela produit de l’engourdissement émotionnel, une anesthésie affective, parfois une identification à l’agresseur, et des difficultés relationnelles persistantes.
L’identification à l’agresseur : Dans les traumatismes précoces et graves (abus, négligence), l’enfant intériorise l’agresseur comme une partie de lui-même, créant une dissociation structurelle entre un « moi victime » et un « moi persécuteur ». Un enfant abusé peut alors adopter des comportements agressifs ou autodestructeurs.
Sándor Ferenczi décrit la dissociation comme une réponse relationnelle. La dissociation est avant tout liée à des échecs de l’environnement (abus, abandon, négligence, incompréhension), et pas seulement à des chocs externes. Lorsque les émotions (peur, colère, désir) deviennent trop intenses pour être intégrées, le psychisme se clive (se divise) pour survivre.
Pour Ferenczi, la thérapie est réparatrice, maternante, particulièrement bienveillante, ajustée aux besoins du patient, pour permettre l’expression progressive des ressentis dissociés.
3. De la dissociation à la “disfraction” (Saverio Tomasella)
Depuis 2016, je propose un concept complémentaire : la disfraction, que l’on peut définir comme une dissociation après une effraction psychique.
Ici, quelque chose fait irruption dans la vie psychique avec violence (catastrophe individuelle, collective, traumatisme massif ou cumulatif) brisant la continuité même de l’existence. Dans les cas d’abandon ou de négligence, il peut s’agir de la violence du vide (douleur insupportable ou agonie psychique).
La disfraction se manifeste par une sidération, un éclatement intérieur, un effondrement du sentiment d’identité, une perte de repères temporels et une difficulté à « revenir à soi ».
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L’effraction traumatique ouvre une brèche dans les capacités de protection du sujet, provoque un effroi massif et force l’appareil psychique à se réorganiser pour survivre.
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La disfraction traduit une fracture interne, un écartèlement entre des parties qui ne peuvent plus communiquer.
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Elle marque une désubjectivation : une perte des repères internes, un exil hors de soi.
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Elle s’inscrit dans une temporalité longue : elle peut persister bien au‑delà de l’évènement traumatique.
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Elle est une conséquence directe de la catastrophe internalisée, lorsque le drame fait irrémédiablement irruption dans la psyché et la transforme de l’intérieur.[1]
En thérapie, la reconstruction, que j’appelle « resubjectivation », passe par une relation fiable, notamment celle du lien thérapeutique (alliance), le retour de la mémoire sensorielle et, dans le cas des catastrophes humanitaires, par une reconstruction collective.
4. Comment la méthode Vittoz aide à sortir de la dissociation
En comparant ses approches, on voit apparaître un noyau commun :
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Une rupture de continuité du moi, de la présence, de l’intégration.
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Une perte de contact avec le corps et avec le monde, que ce soit par fragmentation (Janet), par clivage relationnel (Ferenczi) ou par effraction catastrophique (Tomasella).
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Un besoin thérapeutique d’incarnation, de présence, de lien. C’est précisément ce que permet la méthode Vittoz.
La méthode Vittoz est une approche psychocorporelle visant l’unité de la personne, fondée sur l’idée que la conscience se construit dans et avec les sensations, à partir des ressentis.
Elle offre plusieurs leviers efficaces pour accompagner les personnes dissociées.
a) La réceptivité : revenir au corps
La dissociation coupe du corps. Le docteur Roger Vittoz (1863-1925) évoque une dissociation ou un « dédoublement » entre le conscient et l’inconscient.[2] Les exercices qu’il propose, notamment les « actes conscients » — ressentir les pieds au sol, explorer les sensations, respirer lentement, être présent à chacun de ses gestes — ramènent la personne ici et maintenant, dans une présence réelle à elle-même et à ce qui l’entoure : « La réceptivité, c’est tout », affirme Vittoz.[3]
b) La présence attentive
En développant la perception, l’attention volontaire, le mouvement conscient, la méthode Vittoz permet de réintégrer les sensations, les émotions et les pensées, progressivement.
c) L’attention volontaire
La dissociation entraîne un fonctionnement « automatique ». Le Vittoz rééduque la capacité à orienter son attention, à reprendre le contrôle de son vécu, à ne plus subir le flux intérieur.
d) La régulation du système nerveux
La dissociation correspond souvent à un état d’effondrement (activation du système vagal dorsal parasympathique) ou d’hyperactivation (mobilisation du système sympathique).
Les exercices Vittoz activent le système vagal ventral, c’est-à-dire la branche de la connexion, de l’engagement, de la fiabilité intérieure.
e) Des exercices concrets rapidement utiles
Par exemple :
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Le voyage corporel,
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Le signe de l’infini,
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L’exercice de l’arbre,
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Les figures géométriques dessinées mentalement,
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La respiration (douce, régulière, consciente, avec des expirations longues).
Tous ont en commun de ramener au corps, ralentir le mental, stabiliser les émotions et reconstituer l’unité psychocorporelle.
Conclusion
Que l’on parte de Janet, de Ferenczi ou de la disfraction, la dissociation apparaît comme une rupture du lien, lien entre les fonctions psychiques, lien à l’autre, lien à soi, lien au monde.
La méthode Vittoz, par son travail patient, doux, incarné, vient précisément renouer ces liens en réinstallant la présence, réhabilitant la sensation (réceptivité consciente), restaurant la capacité d’attention et en permettant à la personne de se retrouver.
Le Vittoz est une authentique voie de resubjectivation, un chemin pour revenir à soi en profondeur, pas par la tête mais par le corps, par l’expérience, dans l’ici et maintenant.
[1] Pour décrire le traumatisme, S. Freud parle de « corps étranger » interne et J. Lacan de « trou ».
[2] R. Vittoz, Notes et pensées, Téqui, 2024, p. 51, 57, 62-65.
[3] Idem p. 38.
Résumé
1. La dissociation traumatique : trois perspectives complémentaires
Pierre Janet : la dissociation comme échec d’intégration
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Survient lorsque l’énergie psychologique est insuffisante.
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Fragmentation des fonctions psychiques : mémoire, perception, identité, motricité.
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Fonctionnement en « systèmes parallèles » (automatismes, amnésies, symptômes corporels).
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Origine : choc soudain ou traumatisme prolongé.
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Objectif thérapeutique : stabilisation, exploration graduée, réintégration sensorielle.
Sándor Ferenczi : la dissociation suit l’échec relationnel
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Scission entre « moi souffrant » et « moi observateur ».
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Surgit lors d’échecs de l’environnement (abus, négligence, réponses inadéquates).
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Concept clé : confusion de langue (le besoin affectif reçoit une réponse inappropriée).
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Manifestations : identification à l’agresseur, anesthésie affective, clivages internes.
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Objectif thérapeutique : relation réparatrice, expression des affects, corps-émotions.
Saverio Tomasella : la disfraction, une dissociation due à une effraction
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Rupture brutale de la continuité d’existence (trauma massif ou cumulatif, abandon, négligence grave, catastrophe).
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Désubjectivation : perte d’identité, éclatement intérieur, sidération, troubles somatiques, difficulté de revenir à soi, désespoir profond.
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Resubjectivation : restauration du lien, de la mémoire, de la relation avec soi, parfois grâce à un processus collectif.
2. Sortir de la dissociation : les apports de la méthode Vittoz
La méthode Vittoz est une psychothérapie psychocorporelle fondée sur la réceptivité, l’attention et la présence incarnée. Elle répond aux défis posés par la dissociation.
1) Réceptivité : revenir au corps
La pratique de la réceptivité sensorielle consciente interrompt l’automatisme dissociatif. Elle permet l’ancrage sensoriel (pieds au sol, perceptions simples, respiration).
2) Présence attentive
La présence attentive favorise une stabilisation psychocorporelle par la réintégration progressive consciente des sensations, émotions et pensées.
Elle restaure la capacité de diriger et structurer son existence et aide à émerger des fonctionnements automatiques liés au traumatisme.
3) Régulation du système nerveux autonome (théorie polyvagale)
Les exercices Vittoz activent le nerf vague ventral (connexion, stabilité, fiabilité). Ils permettent une sortie progressive des états d’hypervigilance (mobilisation sympathique) et d’effondrement (immobilisation dorsale).
4) Exercices concrets (ancrage, apaisement, cohérence interne)
- Voyage corporel
- Signe de l’infini
- L’arbre (ancrage postural)
- Figures géométriques
- Respiration Vittoz
La dissociation, qu’on l’aborde selon Janet (échec d’intégration), Ferenczi (clivage relationnel), Tomasella (disfraction après effraction), est une rupture du lien au corps, à soi, aux autres et au monde.
La méthode Vittoz offre une voie expérientielle, corporelle et progressive pour restaurer la présence, la réceptivité, la continuité intérieure, la cohérence somatopsychique. Elle est un outil central de guérison dans l’accompagnement des états dissociatifs.
Références
Bobichon, P. Développer l’état de présence des patients. Le Vittoz, processus thérapeutique de transformation. Chronique Sociale, 2025.
Dana, D. The Polyvagal Theory in Therapy. Norton, 2018.
Esmenjaud, G. Je suis née une seconde fois. Les bienfaits de la méthode Vittoz, Pygmalion, 2017.
Ferenczi, S. Le traumatisme, Payot, 2006.
Ferenczi, S. Journal clinique, Payot, 2014.
Ferenczi, S. Confusion de langue entre les adultes et l’enfant, Payot, 2016.
Janet, P. L’automatisme psychologique, L’Harmattan, 2005.
Janet, P. Névroses et idées fixes, L’Harmattan, 1999.
Janet, P. Les obsessions et la psychasthénie, L’Harmattan, 2010.
Janet, P. La médecine psychologique, Les Empêcheurs de Penser en Rond, 2019.
Janet, P. De l’angoisse à l’extase, L’Harmattan, 2004.
Minton, K., Ogden, P. & Pain, C. Trauma and the Body, Norton, 2006. [Trad. fr. : Le trauma et le corps, De Boeck, 2018, réédité en 2021.]
Tomasella, S. Désubjectivation, resubjectivation et résiliance collective en situation de catastrophes. L’exil des populations européennes et juives du Maghreb au moment de la décolonisation. Thèse de doctorat dirigée par Serge Tisseron, Université Paris 7, 2016.
Tomasella, S. Guérir de nos traumatismes, Eyrolles, 2025.
Tomasella, S. "Regulating High Sensitivity: Integrating Polyvagal Theory and the Vittoz Method. A Clinical Study led by the Sensitivity Observatory", Polyvagal Sensitivity, 2026.
Van der Hart, O., Nijenhuis, E. R. S., & Steele, K. The haunted self: Structural dissociation and the treatment of chronic traumatization, Norton, 2006. [Trad. fr. : Le Soi hanté, De Boeck, 2010, réédité en 2024.]
Vittoz, R. Traitement des psychonévroses par la rééducation du contrôle cérébral, Desclée De Brouwer, 2008.
Vittoz, R. Notes et Pensées. Angoisse ou contrôle, Pierre Téqui, 2024.
Craparo, G., Ortu, F., Van der Hart, O. Pierre Janet : trauma et dissociation, De Boeck, 2021.
Thérapies du traumatismes : Pierre Janet, Roger Vittoz et Stephen Porges
Recherche de mise en lien des approches thérapeutiques centrées sur le corps, les émotions et la méthode Vittoz, à la lumière des recherches contemporaines sur les psychotraumatismes.
Le traumatisme chez Pierre Janet : fondements historiques et actualité
Pierre Janet (1859-1947) est considéré comme l’un des pionniers de la compréhension des traumatismes psychiques. Ses travaux sur la dissociation, la mémoire traumatique et l’intégration des expériences émotionnelles restent fondateurs.
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La dissociation comme un mécanisme de défense face à des expériences insupportables, conduit à une fragmentation de la conscience et de la mémoire (cf. Sándor Ferenczi).
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L’échec d’intégration des souvenirs traumatiques, qui restent « fixés » et peuvent resurgir sous forme de symptômes (reviviscences, retours mémoriels, etc.).
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L’importance du corps dans l’expression et le traitement des traumatismes, notamment à travers les symptômes somatiques et les émotions non intégrées.
Ono van der Hart et Ellert Nijenhuis ont actualisé les concepts de Janet dans leur modèle de la dissociation structurelle, qui distingue dissociation primaire (liée à l’action) et secondaire (liée à la mentalisation). Ce modèle est largement utilisé dans les thérapies contemporaines des traumatismes complexes.
Bessel van der Kolk cite Janet comme une référence majeure pour comprendre la persistance des symptômes traumatiques et l’importance d’une approche somatopsychique. Il souligne que Janet avait déjà pressenti l’importance de la réintégration des souvenirs traumatiques par le corps et les émotions, bien avant les neurosciences modernes.
La méthode Vittoz et les « clichés » : une approche somatopsychique
Roger Vittoz (1863-1925), contemporain de Pierre Janet, a développé une méthode centrée sur la rééducation de l’attention et la présence au corps, avec une attention particulière aux « clichés » (images mentales ou sensations corporelles liées à des traumatismes, souvent au cours de schémas répétitifs). Ses apports incluent :
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L’accueil des sensations corporelles comme porte d’entrée pour réguler les émotions et les pensées.
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La réactivation émotionnelle, un exercice qui vise à revisiter les souvenirs ou sensations traumatiques en s’appuyant sur les ressources du patient, notamment à travers le signe de l’infini (mouvement corporel pour ancrer la conscience dans le présent).
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La notion de conscience corporelle comme outil de régulation, proche des concepts actuels de grounding et de somatic experiencing.
Articulation entre Janet, la théorie polyvagale et la méthode Vittoz
Dissociation et neuroception perturbée
Janet décrivait la dissociation comme une rupture de l’intégration entre les expériences corporelles, émotionnelles et cognitives. La théorie polyvagale (Porges) offre un cadre neurophysiologique pour comprendre cette rupture :
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Un traumatisme perturbe la neuroception (capacité du système nerveux à évaluer la fiabilité ou sûreté de l’environnement), conduisant à des réponses de défense (activation sympathique ou effondrement dorsal vagal).
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Les « clichés » de Vittoz peuvent être interprétés comme des mémoires procédurales (Janet) ou des états neuroceptifs biaisés (Porges), qui maintiennent le système nerveux en alerte.
Réintégration par le corps et les émotions
Janet insistait sur la nécessité de réintégrer les expériences dissociées via le corps et les émotions. La méthode Vittoz, avec ses exercices de présence attentive et de réactivation émotionnelle, propose une voie concrète pour y parvenir.
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Le signe de l’infini peut être vu comme un outil de régulation du système nerveux, favorisant le passage d’un état de défense à un état de connexion sociale (ventral vagal).
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La réactivation émotionnelle permet de revisiter les clichés en état de fiabilité ou sûreté relative, en s’appuyant sur les ressources du patient (ancrage, respiration, mouvement), ce qui rejoint les principes du somatic experiencing (Levine) et de la thérapie sensorimotrice (Ogden).
Rôle de la corégulation
Janet et Vittoz soulignaient l’importance de la relation thérapeutique comme espace de fiabilité (lieu sûr) pour explorer les traumatismes. La théorie polyvagale ajoute que cette relation doit être neuroceptivement rassurante (ton de voix, contact visuel, rythme) pour activer le système ventral vagal et permettre une réintégration progressive.
Références
Levine, P. A. (2015). In an Unspoken Voice: How the Body Releases Trauma and Restores Goodness. North Atlantic Books.
Ogden, P., & Fisher, J. (2015). Sensorimotor Psychotherapy: Interventions for Trauma and Attachment. Norton.
Porges, S. W. (2017). The Pocket Guide to the Polyvagal Theory: The Transformative Power of Feeling Safe. Norton.
Van der Hart, O., Nijenhuis, E. R. S., & Steele, K. (2006). The Haunted Self: Structural Dissociation and the Treatment of Chronic Traumatization. Norton.
Van der Kolk, B. (2014). The Body Keeps the Score: Brain, Mind, and Body in the Healing of Trauma. Viking.
Vittoz, R. (2008). Traitement des psychonévroses par la rééducation du contrôle cérébral, Desclée de Brouwer. (Première édition : J.B Baillère, 1911.)
Vittoz R. (2024). Notes et pensées. Angoisse ou contrôle, Pierre Téqui. (Choix de textes par Pierre d'Espiney.)
Ouvrages sur la méthode Vittoz
Œuvres originales de Pierre Janet
L’automatisme psychologique (1889)
C’est l’ouvrage fondateur de Janet sur la dissociation et les états de conscience altérés. Il y décrit comment les traumatismes peuvent fragmenter la personnalité, créant des « idées fixes » ou des « actions automatiques » (proches des « clichés » de Vittoz). Janet y introduit aussi la notion de subconscient comme réservoir d’expériences non intégrées, une idée reprise plus tard par la psychanalyse et les thérapies somatiques.
Lien avec la méthode Vittoz : les exercices de présence attentive visent à "désautomatiser" ces schémas.
Janet, P. (1889). L’Automatisme psychologique. Félix Alcan. [Réédité en 2005 par L’Harmattan.]
Les névroses et idées fixes (1898)
Janet y développe sa théorie des traumatismes psychologiques et des névroses, en insistant sur l’échec d’intégration des souvenirs douloureux. Il propose une classification des névroses (hystérie, psychasthénie) fondée sur le degré de dissociation et de perte de contrôle volontaire. Ce livre est crucial pour saisir comment Janet concevait la guérison : non pas comme une suppression des symptômes, mais comme une réintégration progressive des expériences dissociées.
Distinction entre mémoire narrative (intégrée) et mémoire traumatique (fragmentée), reprise par Van der Kolk.
Il est possible d’adapter la réactivation émotionnelle (Vittoz) pour favoriser la réintégration sensorielle et émotionnelle des souvenirs.
Janet, P. (1898). Les Névroses et idées fixes. Flammarion. [Réédité en 1999 par L'Harmattan.]
La médecine psychologique (1923)
Janet y synthétise ses idées sur le traitement des traumatismes, en insistant sur la rééducation psychologique (par l’hypnose, la suggestion, et surtout la "psychanalyse" au sens janétien, c’est-à-dire une exploration des émotions et des souvenirs). Il y décrit aussi des techniques de réintégration par le corps (respiration, relaxation), préfigurant les approches somatiques modernes.
Janet y souligne l’importance de l’action (pas seulement de la parole) pour guérir, ce qui résonne avec les exercices de Vittoz (mouvement, signe de l’infini, etc.).
Idée de progression lente : la guérison passe par des étapes de stabilisation avant l’exploration des souvenirs.
Janet, P. (1923). La Médecine psychologique. Payot. [Réédité en 2019 par Les Empêcheurs de Penser en Rond.]
De l'angoisse à l'extase (1926)
Pierre Janet y présente une étude approfondie de la psychologie de la conduite humaine, à travers l’observation clinique d’une patiente emblématique, Madeleine (pseudonyme de Pauline Lair Lamotte), qu’il a suivie pendant vingt-deux ans. Ce livre explore les mécanismes psychologiques reliant l’angoisse et l’extase, en s’appuyant sur des cas concrets de névroses et de mysticisme.
Janet propose une vue globale du trouble mental, intégrant à la fois les dimensions corporelles, émotionnelles et cognitives, bien en avance sur les conceptions de son époque.
Ce livre reste une référence pour comprendre les liens entre trauma, dissociation et croyances, ainsi que pour les approches thérapeutiques centrées sur la rééducation du contrôle cérébral (thème cher à Janet et à Vittoz).
Janet, P., De l’angoisse à l’extase, Félix Alcan, 1926, L’Harmattan, 2004.
L’évolution de la mémoire et la notion du temps (1928)
Janet explore ici comment la mémoire traumatique altère la perception du temps (impression de revivre le passé dans le présent). Il introduit la notion de présentification (les souvenirs traumatiques ne sont pas passés mais présents), un concept clé pour comprendre les reviviscences.
Lien avec la théorie polyvagale : les états de défense (hyperactivation ou effondrement) maintiennent le trauma dans un temps suspendu.
Piste pour la réactivation émotionnelle (Vittoz) : aider le patient à recontextualiser les clichés traumatiques dans un récit temporel cohérent.
Janet, P. (1928). L’Évolution de la mémoire et la notion du temps. Chahine.
Ouvrages contemporains sur Pierre Janet
Dissociation et mémoire traumatique
Cet ouvrage inclut un chapitre historique complet sur la dissociation, où la contribution de Pierre Janet est replacée dans son contexte et son actualité.
Isabelle Saillot y signe un chapitre intitulé « Petit historique de la dissociation », qui fait autorité sur le sujet.
Saillot, I. (2012). Petit historique de la dissociation (Chap. 1, p. 1-28). Dans Dissociation et mémoire traumatique (M. Kédia, J. Vanderlinden, G. Lopez, et al.), Dunod (réédition en 2019).
The Haunted Self: Structural Dissociation and the Treatment of Chronic Traumatization
Les auteurs reprennent explicitement Janet pour développer leur modèle de dissociation structurelle (primaire, secondaire, tertiaire). Ils montrent comment les traumatismes complexes fragmentent la personnalité et proposent des stratégies thérapeutiques phasées (stabilisation, traitement des souvenirs, intégration).
Van der Hart, O., Nijenhuis, E. R. S., & Steele, K. (2006). The haunted self: Structural dissociation and the treatment of chronic traumatization. W. W. Norton & Company. [Trad. fr. : Le Soi hanté, De Boeck, 2010, réédité en 2024.]
Trauma and the Body: A Sensorimotor Approach to Psychotherapy
Bien que centré sur la thérapie sensorimotrice, cet ouvrage cite Janet comme une influence majeure. Les autrices montrent comment les traumatismes s’inscrivent dans le corps et proposent des techniques de réintégration par le mouvement et la conscience corporelle, proches des exercices de Vittoz.
Articulation possible avec la théorie polyvagale : comment les mouvements lents (comme le signe de l’infini) favorisent la régulation vagale.
Minton, K., Ogden, P. & Pain, C. (2006). Trauma and the Body. Norton. [Trad. fr. : Le Trauma et le Corps, De Boeck, 2018, réédité en 2021.]
Pierre Janet aujourd’hui
Un recueil d’articles sur l’héritage de Janet, avec des contributions sur les liens entre sa pensée et les neurosciences, la psychologie cognitive, et les thérapies contemporaines. Plusieurs chapitres abordent la dissociation traumatique et les applications cliniques.
Réflexion sur l’éthique de la réintégration : comment éviter la retraumatisation ? Vittoz, comme Janet, insistait sur la présence au corps et la réintégration progressive.
Giuseppe Craparo, Francesca Ortu, Onno van der Hart, Pierre Janet : trauma et dissociation, De Boeck, 2021.